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Il est Temps de te Dire Adieu,

Ma mère m’a toujours dit « chez nous on ne se fait pas remarquer ». Ce « chez nous », je le connais quasiment par cœur : englobant à la fois, les Juifs du monde entier et personne, il est autant à prendre à la légère qu’à entendre avec sagesse.

Difficile de croire qu’avec la réputation sulfureuse que nous avons, la pudeur est de mise chez une Juive Sépharade comme moi. Mais si la Juive n’a pas la pudeur des sentiments – car il est vrai que lorsque la Femme Sépharade donne, elle offre même ce qu’elle ne possède pas pour un sourire de ceux qu’elle aime- elle a néanmoins le respect de se taire quand elle sait d’avance qu’elle pourrait un jour regretter ses paroles.

La Juive n’aime pas faire souffrir. Alors la Juive, donne, et pardonne, encore et encore. Parce qu’on lui a appris. Et parce que « un jour ma fille, tu tomberas sur le bon ». J’espère que ma mère me pardonnera ce qui va suivre. Car aujourd’hui la Sépharade joue de son masque pour la dernière fois.  Et s’adresser à celui qui devrait être plus à même de la comprendre selon les sages, et qui pourtant n’a jamais su s’adresser à elle : L’Homme Sépharade qu’elle a aimé :

En t’aimant, j’ai surtout appris à ne plus m’aimer moi même : Cette femme exubérante, qui rit à en perdre haleine, qui pleure pour rien, qui parfois le vendredi se contente d’un coup de peigne avant de filer pour avoir les meilleurs Hallots de chez la Délicieuse avec l’espoir qu’un jour elle les fera elle même. En t’aimant, j’ai cessé d’être cette Juive Sépharade dotée d’un humour douteux et démesurément présent, dévouée au moindre de tes soucis, tantôt dévorante de livres et avide de culture juste pour son plaisir, et tantôt rêvassant bêtement devant des séries, trop maternelle malgré elle et qui pourtant me rend si entière, si belle et si laide à la fois, si imparfaite, si violente, si douce, et si indécise.

En t’aimant j’ai cessé d’être cette femme qui aime trop, tellement trop, cette femme trop expressive, bien dans ses hanches, amoureuse éperdue de ses seins parfaitement dessinés dont les femmes de sa famille peuvent se vanter depuis des générations, cette femme jamais comme il faut, un peu maladroite parfois, se mélangeant les pinceaux entres certaines musiques, certaines identités. J’entends encore tes silences plaintifs sur ces femmes belles et élancées que je n’étais pas, si calmes, si justes, si droites, si belles le vendredi soir, si indifférentes, si correctement posées à ton bras. Elles étaient parfaites, et pendant qu’elles déshabillaient leurs corps maigres sous ton regard de Dandy  gominé senteur Huile d’Olive, tu crachais sur ces clichés du Sépharade que tu es malgré toi et que je te rappelais Honteusement.

A quoi bon aimer cette femme inutile qui préférait connaître le goût de ton fruit préféré et en chercher toutes les déclinaisons culinaires Parve que de connaître sur le bout des doigts la dernière Symphonie qui a su plaire à tes émotions.

Et hier, j’ai enfin compris que le jour où je t’ai aimé, j’ai surtout appris à ne plus m’aimer moi. Il semblerait que nous ne soyons pas de la même branche Sépharade dont moi je suis tellement fière. Et pour cela, pour ta méchanceté, ton indifférence et tes mensonges, la Sépharade pleine de foi que je suis ne peut se résoudre qu’un Homme aussi mauvais et creux que toi puisse être à l’image du futur que mes ancêtres ont mis des générations à sublimer.

Je dirais donc à ma maman que même si je me suis fait remarquer, j’ai entendu ses paroles avec sagesse : Car pour la Juive tellement exubérante que je suis,  l’homme exubérant qu’il sera, sublimera non seulement ce que je suis, ce que je vais être, mais surtout ceux que j’ai été.

PS : Je ne te dédicace pas ce texte.
Je sais que tu liras, je sais que tu sauras exactement que je parle de toi.
Mais je sais surtout que ton attachement à rassembler tout l’orgueil du monde en un seul cœur, je sais que tu brûleras de l’intérieur à être éternellement lié à ce sentiment de vacillement  entre la méchanceté des réponses que tu pourrais me faire, et le rôle mal joué d’indifférence de ta bouche qui pour une fois, aura bien fait de rester close.

 

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Written by Emmeline Bouaziz
Founder & CEO of WASS. Head of Marketing passionnée de Photographie. #Foodaddict qui tchoutchoukaïse en Jimmy Choo.